Introduction
En ce début d’année, tu sens que tu veux progresser et avoir des résultats.
Il y a plusieurs approches d’une saison de tournois qui dépendent de ta philosophie de joueur.
Tu aimes ce jeu de cartes, mais aussi ce qu’il y a autour: les potes, l’univers, la collection/les cartes en elles-mêmes, la valeur financière, le voyage, l’apprentissage, la nouveauté… Tu vas sûrement te rapprocher de l’une de ces deux recherches:
- Le challenge et la performance
Tu veux relever le défi. La victoire apparaît comme la vraie récompense.
Un peu comme le sportif qui vise la médaille d’or aux JO.
- Le loisir tranquille
Le tournoi est un moment plutôt fun. La victoire est optionnelle voire hors de tes motivations.
Tu joues parce que c’est cool, no problem.
Entre les deux, il y a une diversité de nuances qui vont orienter ta préparation.
Mon article s’adresse aux joueurs en recherche de performance, prêts à s’investir.
I. Fixer son objectif
On peut, par exemple, viser top 16, top 4, l’Europe ou les Worlds.
Par ma part, j’ai passé mes 4 premières années à FF à viser le Championnat de France puis l’Europe. Mon parcours a été ponctué de quelques années de pause puis j’ai fixé l’objectif de participer à l’Europe en 2023, et le top 16 Europe en 2024. J’ai finalement fait mieux, mais Top 16 m’allait très bien.
Le choix du deck est dépendant de l’objectif car il y a un risque/gain différent selon l’archétype et sa place dans la méta.
Par exemple, Mono-Eau est à 50-50 contre Mono Terre et WOL4 Tribal mais il est stable, parfait pour assurer une variance correcte sur la saison. Selon moi, il permet de top régulièrement mais pas forcément de gagner la première place.
Autre exemple: Wol4 Tribal, c’est le meilleur deck. La puissance de ses plays proactifs peut (largement) écraser une majorité d’adversaires. Mais il aide peut être moins à développer certaines compétences.
On peut aussi viser une progression de joueur, en faisant un focus sur soi: on va donc “gagner” une montée de compétences. Ceci qui peut être également accompagné par un résultat en nombre de victoires mais pas toujours. Cela peut paraître paradoxal, mais je pense qu’on peut perdre des matchs et progresser en tant que joueur. Tout autant que l’on peut gagner un tournoi sans trop savoir pourquoi, et donc stagner voire régresser en tant que joueur. On parle parfois d’un biais cognitif: celui d’être “results-oriented”, c’est-à-dire que l’on perçoit le résultat comme un argument suffisant pour faire des raccourcis. Par exemple, si tel deck a gagné, c’est le meilleur ou bien que tel joueur a gagné, donc il a de meilleures compétences techniques. C’est souvent bien plus complexe que ça.
Autre compétence intéressante à développer: un joueur aggro (Chaos, Chevalier…) peut s’atteler à jouer contrôle comme Mono Vent, Mon Eau, Terre Foudre…Ou inversement.
D’autres compétences du type mieux gérer son temps, réduire son stress, améliorer son choix de decks, ouvrir sa maîtrise des éléments en vue de double deck, progresser en technique de jeu ou de règles sont tout aussi nobles.
II. Préparer et motiver son équipe
Alex Hancox: “Le jeu est trop difficile pour se préparer seul”, dans son article après avoir gagné avec Wol7 et Mono Vent aux Worlds 2023.
Jean-Emmanuel Depraz (ex Champion du monde de MTG) : “J’ai appris des autres anciens champions de Pro Tour et des autres de nouveaux joueurs motivés. On avait1 fait un bootcamp avec notre communauté à Paris.”
Une bonne équipe partage:
- Des encouragements avant, pendant et surtout après le tournoi
- Des objectifs communs ou très proches
- Le goût prononcé de l’analyse et de la progression
- La sécurité et la bienveillance: pas d’attaques verbales ni jugements de valeur. Être bienveillant aussi envers soi-même est une composante bénéfique
- Une disponibilité et un engagement moral pour planifier et respecter les temps d’échanges ou d’entraînements
- La transparence et le partage d’infos: decklists, subtilités des lignes de play, de règles… Le groupe progresse ensemble, avant de progresser pour soi-même
- Le fait de ne pas chercher à avoir forcément raison ou se conforter dans sa propre image. Bien au contraire on cherche à se remettre en question, à se mettre en danger dans un environnement sécurisé
- Cela peut passer par des règles dans l’équipe parfois non-écrites comme:
- Les listes et les analyses ne sortent pas du groupe
- Enregistrer les résultats des parties, matchups
- Reporting, analyses de tournoi
- Se voir en présentiel de temps à autre
- Prêter, emprunter des cartes
Évidemment, les affinités apportent du plaisir et du naturel, rendant les échanges plus faciles.
Ce dernier point est important, parfois davantage que le niveau technique individuel.
Il est également fréquent de contribuer à plusieurs équipes, selon la proximité entre cercles de joueurs ou leurs compétences sur un deck précis.
III. Préparation logistique et économique
C’est un vrai travail que de préparer les déplacements notamment à l’international.
L’an dernier, dès l’annonce des tournois, j’ai planifié les réservations et les dépenses
Cela a permis à ma team locale d’avoir des chambres confortables et économiques. Pour que cela fonctionne chacun doit y mettre du sien:
- répondre aux sollicitation de l’organisateur
- faire un effort pour positionner ses jours de congés au plus tôt
- planifier personnellement son budget …
Voici un exemple de fichier que j’ai utilisé.
J’utilise aussi l’application Gestion de Budget, dispo sur Google Play.
Personnellement, au travail, mes chefs savent que je me déplace sur les tournois toute l’année. Ils savent donc que d’Avril à Octobre voire Décembre je serai en congé certains vendredi ou lundi, avec la contrainte de mes billets d’avion.
Le jour J pense à être reposé donc à venir sur place la veille, en ayant privilégié un transport peu fatiguant si possible.
C’est une question de confort mais je trouve ça plus reposant d’avoir des chambres séparées car cela peut perturber le sommeil d’être ensemble dans une même pièce (ronfleurs, ceux qui parlent TCG jusque 3H du matin, aller-retours WC qui réveillent etc.)
IV. L’entraînement
A. Lister les deck méta à tester
Les anciens joueurs parlent de “Gauntlet” 🧤: Les cinq decks les plus représentatifs à battre.
On mélange: contrôle, midrange, aggro, tout en prenant en compte les influences locales nationales, continentales, internationales.
En 2024, un bon Gauntlet: Chaos, Chevalier, Wol4 Tribal, Wol4 Mono Terre, Mono-Eau.
Disons que si tu inventes un deck qui est positif contre ces 5 decks, on dit que tu “craques” la méta.
B. Les influences internationales :
- Japon: + de Chaos Arkh, + de Glace Foudre par le passé
- USA: – de vent, historique plutôt aggro, n’ont pas peur de jouer très peu de soutiens
- Royaume-Uni: + de Terre, Eau, Vent, et les decks d’Alex H. ou Joshua F.B
- Italie: + de midrange et aggro, peu de vent
- France: + de midrange, contrôle, relativement peu de decks très aggros, une certaine insistance avec Mono Feu
- Espagne: + de Eau, Midrange, relativement peu d’aggros
C. Temps de jeu hebdo
L’année dernière, en période d’entraînement, j’ai joué deux à trois fois par semaine parfois en binôme ou par groupe de 2 à 6 personnes.
Sur une session de 3 heures je compte:
- 2 heures de jeu
- 30 mn pour un temps d’analyse à chaud de récapitulatif et partage d’information
- 30 mn pour un temps social relax comme boire un verre ou dîner
Comme pour toute activité, la progression vient avec la régularité.
D. Analyser les parties
On cherche à tester les hypothèses pour tirer des leçons.En d’autres termes, ce ne sont pas des games “simples” car la réflexion se porte bien au-delà des prises de décisions.
En test, il est très important de ne pas influencer la décision de l’adversaire de test car si on joue à sa place on ne profite pas de son effort individuel. On veut donc débattre des décisions après qu’elles soient prises et pas avant. Je vois encore trop de personnes dire à haute voix ce que l’autre doit faire. C’est tentant mais pas productif d’un point de vue cognitif.
Le TCG compétitif peut s’apparenter à un travail de recherche. On dégage des tendances, des axes de réflexion grâce à l’accumulation de la connaissance pour créer des “certitudes”.
E. Confronter les opinions, les arguments, les remises en question
Cette partie est la plus difficile car elle peut heurter l’ego et mettre en lumière certains écarts de compétence.
Les compétences peuvent être parmi les suivantes:
- Connaissance des cartes
- Connaissance de l’historique des tournois
- Connaissance de l’historique des joueurs
- Maîtrise des règles ou des errata
- Niveau technique
- Palmarès, performance, résultats
- Expérience des archétypes et ou des éléments
- Verbaliser en vue d’expliciter un propos
- Argumenter en vue de convaincre
- Discipline, résilience
- Créativité et deckbuild
- Organisation, structure
- Auto-évaluation et introspection
- Intelligence sociale et relationnelle
- Efficacité du processus de décision
- Concepts de jeu avancés
Certaines situations peuvent générer des frustrations, des remises en question parfois même des petits conflits.
Cet apprentissage collectif s’appelle le conflit sociocognitif: concept essentiel des Sciences de l’Éducation que je trouve pertinent dans le TCG compétitif.
Voici le genre de phrases peu constructives qu’on souhaite éviter (je précise que ce sont des exemples inventés et non entendus personnellement):
- Mémorisation de la carte
- Bof: “Mais (putain) lis les cartes! Atomos active aussi pendant le tour adverse!”
- Mieux: “Tu pourrais jouer Mono Vent une fois et volontairement expérimenter la ligne de play Atomos pendant le tour adverse”
- Mémorisation du point de règles
- Bof: “Mais (bordel) je te l’ai déjà dit 5 fois! Auto-ability et Auto-ability conditionnelle ça n’a rien à voir.”
- Mieux: “Peux-tu reformuler la différence entre les 2 formes d’auto ?”
- Argumenter – approche de la decklist :
- Bof: “Il faut jouer minimum 14 monstres dans Mono Eau. Mais c’est pourtant logique !”
- Mieux: “En jouant 12-14 monstres, tu as toutes les chances d’en avoir 4-5 en midgame pour jouer Gau. Très fort pour rivaliser avec Wol4”
- Mémorisation d’une decklist
- Bof: “On le sait depuis plusieurs opus mais pourquoi pas toi !?”
- Mieux: “Je poste le lien vers l’article du top player et je posterai la decklist. Pas évident de tout mémoriser”
- Argumenter – la carte
- Bof: “Cette carte est trop forte car elle [le type lis juste le texte de la carte]”
- Mieux: “Jouer cette carte a tel avantage, dans telle situation exacte, mais elle a cet inconvénient lors de telle et telle situation, en face de telle carte, à tel ou tel moment de la game (early/mid/late)”
- Argumenter le matchup
- Bof: “Vu mes excellents résultats je sais de quoi je parle, je peux t’affirmer que Mono Eau éclate Wol4”
- Mieux: “Je propose d’observer les listes de top8 récentes pour établir des hypothèses de win rate entre Mono Eau et Wol4”
- Mettre en avant un élément/archétype:
- Bof: “Il faut être un bon joueur pour jouer vent!”
- Mieux: “Jouer Vent c’est accepter certains tours ayant peu d’interactions, ce qui est peu intuitif pour un joueur aggro ou midrange. C’est la patience qui paye. Compétence qui se développe avec l’expérience de cet archétype.”
À mon sens, le plus important dans ce jeu de skill c’est de partager des arguments construits, détaillés et non des règles générales. Une carte n’est pas toujours forte, mais elle l’est dans un deck précis, une situation de jeu précise.
C’est long d’argumenter en précisant toute sa pensée, mais c’est essentiel pour ne pas pédaler sur place ou créer des certitudes trop simplistes voire peu pertinentes.
Comparer le résultat de 2 joueurs c’est en réalité comparer le résultat de 2 équipes. Il y a toujours une bonne équipe derrière un top player.
F. Se documenter: Stream, listes de top 8, articles
Cette partie est importante pour
- Faire les bons choix réactifs en game
- Connaître les nouvelles menaces adverses
- Exploiter les faiblesses l’adversaire, en anticipant ses cartes-clés
- Affiner une decklist en s’inspirant des autres communautés
Les meilleures équipes sont à l’affût des informations pour la discuter en groupe. Elles s’efforcent aussi de les hiérarchiser et les compléter.
On cherche donc à capitaliser l’information c’est-à-dire transformer la matière trouvée sur Internet comme un point d’ancrage pour avancer.
V. Le mental, Les obstacles à venir
Si tu as bien géré les étapes de une à quatre tu es déjà dans des conditions favorables.
Lors d’une nouvelle saison de tournois, il y aura jusqu’à 3 nouveaux opus à considérer.
Il y a aussi des règles de tournoi spécifique: le format, les conditions de double loss, BO1, BO3 etc.
Déjà il faut une phase d’acceptation qui n’est pas facile, avant de se mettre au travail.
Personnellement quand j’ai vu le deck Chevalier (Avril 2024) j’étais au bord du gouffre. Idem pour Chaos lors de l’opus suivant. J’ai aussi souffert de la persistance du double deck car je préfère le single deck en BO3.
L’ascenseur émotionnel est aussi difficile.
On peut perdre sur mauvaise variance (comme les ExBurst ou la brique), perdre contre un joueur moins bon techniquement (voire débutant) ou perdre de la motivation.
Tout ça sans compter les influences des autres domaines de notre vie pro, perso, physique ou relationnelle.
Pour lutter contre la mauvaise variance, il est préférable de se projeter sur l’ensemble des parties lors de la saison à venir. On peut perdre une partie mais on finira par en gagner davantage sur l’année.
Lorsqu’on se voit juger son adversaire, il faut se ressaisir pour préférer focus sur le jeu, les décisions, les analyses car c’est cela qui fait progresser.
Perte de motivation: il faut prendre du plaisir à jouer avec les potes, parler des lignes de play incroyables, prendre du temps pour boire un verre ensemble, partager un repas et rigoler. Personnellement, j’adore passer du temps avec les potes de la commu. C’est une vraie motivation pour moi.
Tu vois les autres gagner mais ton résultat ne te satisfait pas ?
En tout cas pas en ce moment.
Ton tour viendra et ton pote a pris cet engagement moral de t’aider pourquoi alors ne pas en profiter? Le résultat immédiat est à prendre avec recul car il est éphémère. Le bon moteur c’est d’exploiter ce boost de confiance du groupe, lié à ces bons résultats.
Conclusion
Pour gagner il faut prendre du plaisir dans le jeu et l’entraînement tout en kiffant le travail en équipe. Si tu fais gagner ton équipe tu seras gagnant quoi qu’il arrive et cela peut-être aujourd’hui, demain, cette année ou peut-être l’année suivante. J’ai commencé FFTCG il y a 8 ans. J’ai eu mon lot de misplays, échecs, tops, réussites mais je n’ai jamais abandonné. Alors je t’encourage à kiffer chaque étape du parcours et à le partager avec les autres.
Peace, Love, Unity.
Feefye